« Vive les roux | Page d'accueil | blog d'un infirmier »
12.01.2008
Une petite bombe dans le monde fermé de la réanimation
Il existe en médecine, comme partout ailleurs, des "modes". Ce que j'entends par mode, ce sont des courants de pensées, des façons de voir les choses, des médicaments à la mode. Un exemple frappant est celui des corticoïdes (la cortisone), utilisé depuis le début du nouveau millénaire dans le traitement du choc septique en réanimation. Pour faire simple, le choc septique, c'est une infection généralisée avec une chute de la tension artérielle ne permettant plus de perfuser correctement les différents organes du corps humain et donc de leur apporter l'oxygène nécessaire à leur bon fonctionnement. Ceci entraine rapidement une défaillance de tous les organes et est mortel à coup sûr si le malade n'est pas pris en charge rapidement en réanimation. Et même alors, la mortalité est de près de 50% avec un traitement adéquat. Le traitement repose en gros sur les antibiotiques, le remplissage vasculaire et les médicaments permettant de garder une pression artérielle suffisante pour perfuser correctement les organes vitaux. Devant la mortalité élevée du choc septique, beaucoup de traitements adjuvants ont été recherchés et proposés depuis de nombreuses années. Une des avancées majeures de ces dernières années fut l'utilisation de corticoïdes à petites doses, dont le rationnel reposait sur le fait d'une insuffisance cortico-surrénalienne relative présente dans le choc septique. Pendant quelques années, différentes études ont été faites dans ce sens, jusqu'à ce qu'une équipe française publie dans le JAMA, en 2002, cette étude qui allait faire le tour du monde : "Effect of treatment with low doses of hydrocortisone and fludrocortisone on mortality in patients with septic shock", Annane D et al, JAMA. 2002 Aug 21;288(7):862-71. Cette étude démontrait qu'utiliser des corticoïdes pendant une semaine permettait de diminuer significativement la mortalité du choc septique. Dans la plupart des réanimations du monde, cette thérapeutique fut mise en place. Dans tous les congrès de réanimation sur la planète, on parlait des corticoïdes dans le choc septique. J'ai moi-même travaillé dans le service qui avait publié cette étude qui devait être une petite révolution dans le traitement du choc septique. La plupart des études réalisées alors dans le service, la plupart des allocations de recherches, ont été consacrés pendant une décennie à l'étude des corticoïdes dans le choc septique. Tout ça jusqu'à il y a quelques jours. Un groupe d'étude international, dans lequel était bien entendu présent le principal auteur de l'article princeps cité plus haut, a publié dans le New England Journal of Medicine, qui est probablement le meilleur journal médical du monde, cette étude : "Hydrocortisone therapy for patients with septic shock", Corticus Study Group, N Engl J Med. 2008 Jan 10;358(2):111-24. L'étude est internationale, le collectif impressionnant pour la maladie, et la conclusion sans appel : "Hydrocortisone did not improve survival or reversal of shock in patients with septic shock[...]". Les corticoïdes n'ont pas amélioré la survie ou la réversion du choc chez les patients atteints de choc septique...
Voilà comment, même en médecine, une "bulle" éclate. L'analogie avec l'éclatement de bulles financières est la première qui me soit venue à l'esprit. Tant d'énergie déployée, un engouement mondial, des financements multiples, des postes médicaux dédiés, et tout ça pour "presque" rien. C'est ainsi que la médecine avance, me direz-vous, mais tout de même, ça fait un choc de se dire que ce qu'on nous a asséné pendant des années se révèle finalement faux.
20:15 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note






Commentaires
Il y en a tant d'autres en médecine de ville.Les traitements substitutifs hormonaux certains MDC contre le cholestérol contre les rhumatismes(je ne citerais pas de nom)plus tout ceux qui sont retirés chaque année pour effet indésirable majeur
A des patients qui souhaitent tout de suite de nouveaux médicaments,sauf cas de survie engagée je leur dis d'attendre
Ecrit par : chanlouise | 12.01.2008
Le vrai et le faux dans un monde de statistique. Je ne suis pas médecin mais ingénieur et donc je me demande "mais qu'est ce qui fait que la première étude était fausse ??"
Les stats étaient fausses ? (je n'y crois pas trop si ça a été publié dans un bon journal).
Des biais non/mal pris en compte ?
une population mal choisie ? (ce qui revient à dire que les stats étaient fausses).
J'ai souvent vu en biologie des stats ou l'on compare deux groupes de 3 et 5 échantillons et où l'on conlut doctement, P>machin donc ils sont différents. Pire, pour voir si une séries de valeurs est corrélée à une autre, on sort un test de Machin *avant même de mettre les valeur dans un graphique et de regarder si ca donne une pattate qq ou une forme bien particulière*.
Bref, j'espère que le problème est ici beaucoup plus compliqué que ça mais les horreurs en stats sont encore bien trop répandues :(
Ecrit par : xavier | 13.01.2008
Attention, bon journal ne signifie bon article. Je me souviens d'une remarque d'un reviewer qui voulait faire son savant en statistiques et qui a demandé l'utilisation d'une méthode de calcul de survie (courbe actuarielle) qui n'était pas adaptée à l'effectif, ce qui a fait ragé le statisticien de l'étude : comment répondre à cet abruti de reviewer qu'il se fout le doigt dans l'oeil sans qu'il ne bloque l'article...
Même le NEJM s'est fait avoir quelques fois sur des articles pas très honnêtes... (hein, comment ça mes courbes de survies ne démarrent pas réellement en même temps...)
Ecrit par : Picorna | 15.01.2008
ben des retirés du marché ou qui devrait l'être on en a un ou deux par an
les coxibs, le piroxicam qui se voit frapper d'une liste de CI comme ça
les fibrates, toujours là alors qu'ils ont démontré nada en 40 ans
les anti-arythmiques qui entrainent une surmortalité
les anti-alzheimer à l'efficacité égale à zéro
l'atorvastatine, dont l'impact sur la glycémie pose question
les glitazones dans le diabète
le rimonabant dont le rapport bénéfice/risque est plus que discutable
ou le dépistage du Kc du sein par mammographie dont l'utilité et l'efficacité est sujette à caution
Ecrit par : le toubib | 15.01.2008
Ecrire un commentaire