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22.02.2008

Egypte

Sorti de garde, je me suis couché à 5h00 du mat, rentré à la maison à 10h, siesté jusqu'à 14h00. Le téléphone sonne à 14h45, on me demande si je peux partir en mission maintenant tout de suite. J'ai enchaîné la garde après deux missions coup sur coup et je suis encore fatigué. J'accepte tout de même, mais il faut se grouiller. En effet, j'ai un avion qui décolle de Roissy à 16h45 pour Le Caire. Je me douche donc en 3 minutes, jette quelques affaires dans mon sac à dos, et court à la boite.

J'arrive épuisé à 15h10 (faut vraiment que je recours un peu bordel), mon matériel est déjà prêt, une moto taxi m'attend. A peine le temps de savoir que c'est un pneumothorax que je vais chercher dans le sud de l'Egypte, le routing n'est pas encore fait, j'en apprendrais plus prochainement. La moto taxi file à Roissy, et j'arrive juste à temps pour embarquer. 4h00 de vol jusqu'au Caire pendant lesquelles je pourrais dormir deux petites heures, à l'arrivée il me manque un sac de matériel, perdu par air france. Heureusement ce n'était pas du matériel indispensable (ceux-là, je les ai gardé avec moi en cabine, avec dérogation spéciale pour cause de docteur). Pour me faire plaisir, on m'a réservé un chouette hôtel au pieds des pyramides de Guizée, le soucis c'est que c'est à une heure de route de l'aéroport. Du sommeil en moins, mais une petite vision du Caire by night en plus et un petit coup d'oeil aux pyramides. Après une courte nuit, je reprends finalement la direction de l'aéroport pour reprendre un avion qui me descendra à Hurghada, cité balnéo-touristique à 1h20 de vol vers le sud de l'Egypte, au bord de la mer rouge. A peine posé, je prends un taxi pour aller voir le malade. Il est hospitalisé depuis presque une semaine en "réanimation" pour un pneumothorax complet (de l'air autour du poumon qui est alors tout ratatiné et ne peut plus fonctionner). Il a bien eu un drain thoracique, ce qui est le traitement de base du pneumothorax complet, mais ils ne l'ont jamais mis en aspiration, donc le poumon est resté tout collabé, sans pouvoir revenir à la paroi. Quand je leur ai demandé pourquoi ils ne l'avaient pas mis en aspiration, ils m'ont regardé comme si j'étais fou. Le concept même de l'aspiration leur semblait inconnu. Pas étonnant qu'il ne guérisse pas de son pneumothorax. Du fait de ses 40 ans et de son absence de problème de santé particulier sous-jacent, son état clinique était très satisfaisant.Il fallait néanmoins l'extraire assez rapidement.

Impossible de trouver un vol de retour vers le Caire avec une civière, nous décidons donc avec mes collègues à Paris de prendre illico une ambulance locale pour remonter au Caire. Une valve de Heimlich posée au bout du drain, six heures cahotiques sur une route défoncée à longer la mer rouge au bord du désert égyptien et nous arrivons au Caire vers 21h00. Notre avion pour Paris, avec une civière, ne décolle qu'à 7h30 le lendemain matin. Le régulateur à Paris lui a donc prévu une place en réanimation dans un hôpital militaire à proximité de l'aéroport. J'y dépose le patient, là encore me fait prendre pour un fou quand je parle d'aspiration, mais au moins il est scopé, surveillé et pourra se reposer un peu. Avec son épouse, nous allons à l'hôtel pour dormir quelques heures également. J'en profite pour prendre mon premier repas depuis 24h, soit dit en passant. Nous revenons à l'hôpital à 4h00 du matin pour récupérer un patient reposé et calme. Personne ne parle anglais dans les gens que je croise (le docteur vu la veille dort et ne sera pas réveillé), mais on me fait bien comprendre que si je veux récupérer le malade, je dois payer l'hospitalisation en liquide et tout de suite, moyennant un reçu en arabe que je ne peux pas lire. La note n'est pas très salée, une petite centaine d'euros. Inutile de discuter, il me reste suffisament de liquide en monnaie locale, je gagnerais même 10% de remise car il me manque un billet. En route pour l'aéroport, les ambulanciers n'arrêtent pas de se perdre. Ils passent devant les panneaux indicatifs de l'aéroport sans les voir (pourtant ils sont gros, écrit en arabe et en français, avec un dessin d'avion). C'est moi qui suit obligé de leur indiquer le chemin ! Nous arrivons enfin à l'aéroport, où nous retrouvons un infirmier qui m'a été envoyé de Paris avec encore un peu de matériel, et qui va pouvoir s'occuper de toutes les formalités douanières. Avec une petite nénette d'Air France, il réussira même à négocier qu'on nous prête une ambulance du service de santé de l'aéroport, car devant l'incompétence manifeste de nos ambulanciers actuels, il est impossible qu'ils arrivent à comprendre la complexité de la procédure pour accéder au tarmac. Finalement, après 2-3h dans le froid de l'ambulance, nous accédons enfin à l'avion. Le malade est installé, remis au chaud, tout va bien. Le vol de retour à Paris se passe sans encombre, le trajet de 3h en ambulance jusqu'à l'hôpital proche de son domicile également. Une fois le malade déposé, je dois encore prendre le train pour rentrer à Paris. Je serais finalement chez moi dans la soirée, 53 heures après mon départ. En une semaine, je n'ai dormi qu'une seule nuit dans mon propre lit...

Commentaires

Hello Doc,
doucement, doucement,c'est toi qu'on va rapatrier un jour!!!!!
Bonne continuation

Ecrit par : koko | 22.02.2008

Il était tellement fatigué qu'il a pas arrêté de dire qu'il fallait mettre le patient sous fellation et non aspiration, c'est pour ça qu'on le prenait pour un fou :)

Ecrit par : Picorna | 22.02.2008

aaaah l'Egype, le Caire, Hurghada, tout ça tout ça... ben oui, pour y avoir habiter, ce sont des endroits merveilleux où il faut soigneusement éviter d'être hospitalisé... N'oublions pas que c'est un des pays les plus pauvres du monde ???

Ecrit par : isophe | 22.02.2008

Note pour plus tard: ne pas tomber malade en Egypte

Comme d'habitude, un récit incroyable...
Quand est-ce qu'on a le droit à un livre ?

Ecrit par : yann | 23.02.2008

Alors la circulation au Caire, c'est sympa, hein ?

Ecrit par : yo | 24.02.2008

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