06.05.2008

Retour à la dure réalité

De retour de vacances pluvieuses, tout de suite dans le bain.

Je sors de 24h aux urgences. Ca a été plutôt calme, mais voici tout de même deux petites anecdotes qui ont marquées la nuit.

1/ La police nous amène un homme de 25 ans. Ils ont été appellés par un passant qui a découvert l'homme dans sa voiture, au milieu d'une route, endormi au volant de sa voiture, complètement ivre. Le chaland a enlevé les clés de la voiture et a appellé les flics. Quand ils arrivent aux urgences, le patient est pratiquement en coma éthylique. L'alcoolémie est à 3,97 g/L...

2/ Les pompiers nous amènent au milieu de la nuit un petit papi manifestement dément, qui se balladait dans la rue en slip, chaussettes, chaussons et veste de costume. Il ne parle pas un mot de français. On retrouve le numéro de téléphone de son fils dans un ancien dossier et nous l'appellons pour qu'il vienne le chercher. Quand celui-ci arrive, son père lui dit que nous lui avons piqué son pantalon dans lequel il avait 370 € ! Il n'en démord pas et refuse de quitter les urgences, et j'ai l'impression qu'il m'accuse moi d'avoir été le chef de la bande des urgences, que nous l'avons tabassé et piqué son froc ! Le fils, manifestement pas très malin et ne se rendant pas vraiment compte que son papa perd un peu la boule, commence même à y croire un peu, en trouvant bizarre que son papa se ballade en slip au milieu de la nuit. Finalement, il reviendra un peu à la raison et ramènera son père à la maison. 

25.04.2008

Antécédents familiaux

Résumé de ma dernière garde

 

21h00

* femme de 58 ans

* symptomes : douleur thoracique typique depuis 3-4 heures

* contexte : ne voulait pas venir à l'hôpital, sa famille l'y a forcé

* diagnostic : infarctus du myocarde inférieur en voie de constitution

* devenir : rapidement emmenée sur la table de coro, hospitalisation en soins intensifs cardiologiques

 

23h00

* homme de 64 ans

* symptomes : hémiplégie, paralysie faciale et troubles du language depuis 15h

* contexte : ne voulait pas venir à l'hôpital, sa famille l'y a forcé

* diagnostic : accident vasculaire cérébral ischémique

* devenir : hospitalisation en neurologie 

 

Quelques temps plus tôt, en dehors de l'hôpital

* homme, la quarantaine

* symptomes : douleur thoracique constrictive rétrosternale

* contexte : ne veut pas venir à l'hôpital, même forcé, il n'ira pas

* diagnostic : probable infarctus du myocarde

* devenir : décédé à domicile 

 

Le lien entre ces 3 patients : ce sont des frères et soeur, des gens du voyage, qui ne veulent consulter qu'à l'article de la mort. Ils ont réussi...

08.02.2008

Y a des nuits comme ça...

Encore une histoire bien glauque aux urgences. Un homme d'une quarantaine d'années est amené par les pompiers de l'hôpital, retrouvé inconscient dans le hall... Il commence un peu à se réveiller, il est agité. L'examen neurologique ne montre pas de signe de localisation neurologique, mais il reste mutique et le regard dans le vide, il a visiblement reçu des coups sur le visage. Je lui fait un scanner cérébral pour m'assurer qu'il n'a pas d'hémorragie, le scanner revient normal. Je suis obligé de lui injecter des calmants, car il s'agite, sans toutefois pouvoir être compréhensible. Puis petit à petit, comme souvent aux urgences, on réussira à décanter l'histoire. En fait, il était en train de rendre visite à son épouse hospitalisée en cancérologie, et en train de mourir. Il y a un gros conflit familial, sa belle famille l'accusant d'être responsable du cancer de sa femme ! Et donc, dans la chambre, le moment fatidique approchant, son beau frère a commencé à lui taper dessus, et les autres s'y sont mis aussi. Le personnel du service a été obligé de faire appel à la sécurité pour les séparer, puis ils ont emmené le type dans le hall de l'hôpital, qui s'est écroulé. J'ai été obligé d'hospitaliser le bonhomme pour surveillance et de le sédater car il devenait dangereux pour lui-même. Avant de somber dans le sommeil du aux calmants, il m'a demandé si sa femme était encore en vie...

16.01.2008

Nuit tranquille

De garde cette nuit aux urgences. Très très calme, au point où je me suis même un peu ennuyé, tellement je n'avais rien à faire par moments. Je ne vais pas me plaindre non plus, les gardes tranquilles restent l'exception. Et à part deux trois malades, la plupart n'avaient rien du tout. Il y en a même plusieurs que j'ai renvoyé sans le moindre traitement (mais après les avoir examiné, bien entendu ; je précise car j'entends déjà les cris horrifiés des bonnes âmes) : une crise d'angoisse qui n'était plus angoissée, deux jeunes femmes ayant respiré quelques secondes une atmosphère enfumée après un feu de poubelle, un jeune polyhandicapé ayant fait une petite fausse route à la purée de carotte, une jeune femme ayant senti son coeur battre très vite pendant quelques secondes et puis plus rien (elle avait d'ailleurs vu son cardiologue le jour même). Et sur ces cinq "malades", quatre avaient été emmenés par les pompiers. On voit quand même qu'on vit dans un pays riche, la comparaison avec certains endroits où je suis allé chercher des malades est saisissante. La débauche de moyens est loin d'être toujours adaptée ici bas. Je dis ça je dis rien...

23.12.2007

Une vieille histoire

C'était il y a deux ans. J'étais de garde aux urgences.

Les pompiers nous amènent  une vieille dame de 80 ans, toute maigrichonne, pour des saignements de nez importants. Elle ne saigne plus lorsqu'elle arrive aux urgences, ses constantes d'arrivée sont normales. Elle est installée dans un box le temps que je puisse aller la voir. Elle demande à l'aide soignante de l'accompagner aux toilettes. Au bout de quelques minutes, l'aide soignante frappe à la porte des toilettes pour savoir si tout va bien. Personne ne répond. Elle ouvre alors la porte et retrouve la patiente allongée sur le sol. Elle est en arrêt cardio-respiratoire. De suite installée en salle de déchocage, un infirmier commence à la masser pendant que je prépare de quoi l'intuber. Quelques minutes plus tôt, elle marchait pour aller aux toilettes, et maintenant là voilà entre nos mains qui tentent de la réanimer. Elle aura eu tout le protocole, massage cardiaque, intubation, choc électrique, adrénaline, bicarbonates, cordarone... On ne la récupérera pas. En la regardant de plus près, elle est bien jaune, et quand on palpe son abdomen, son foie est immense, bossellé, probablement le siège d'un cancer très évolué. Nous n'en saurons jamais rien. De toute façon, ça n'a plus d'importance. La pauvre dame est morte sur un siège de toilette d'un service d'urgence au milieu de la nuit. Elle aurait mieux fait de ne pas appeller les secours pour son saignement de nez, elle serait morte tranquillement dans son lit. Primum non nocere, qu'ils disaient... Mais une fois que le doigt est pris dans l'engrenage, c'est très difficile de le retirer.

15.12.2007

Comme à la télé

Lors de ma dernière garde, nous avons reçu un coup de téléphone de l’obstétricienne de garde, pour nous envoyer un patient. Il s’agissait du mari d’une de ses patientes sur le point d’accoucher. Celui-ci se tordait de douleur dans sa voiture au point qu’il ne pouvait plus en sortir. En fait, cet homme était drépanocytaire. La drépanocytose est une maladie héréditaire caractérisée par la mutation de l’hémoglobine. Pour faire simple, les symptômes les plus voyants sont des crises hyperalgiques, au moment où cette hémoglobine mutée fait s’agglutiner les globules rouges entre eux et thrombosent les petits vaisseaux sanguins. Ce jeune homme drépanocytaire était en fait hospitalisé depuis deux jours pour une nouvelle crise dans un autre hôpital, et venait de sortir contre avis médical pour venir assister à la naissance de son premier enfant. La crise était tellement forte qu’il n’a même pas réussi à sortir de sa voiture. Après de multiples antalgiques et la mise en place d’une pompe à morphine, nous avons pu le soulager. Bien entendu, il voulait repartir au chevet de son épouse, et tout enlever. Nous savions que si il enlevait tout, il nous reviendrait dans l’heure, aussi douloureux qu’à son arrivée. Finalement, nous avons pu réussir à faire en sorte qu’il assiste à l’accouchement, avec sa pompe à morphine autour du cou, et est revenu après la naissance de sa fille. On se serait presque cru dans une série télévisée.