18.01.2008
Document exceptionnel !
Je suis en possession depuis peu d'un document exceptionnel. Il s'agit d'un document interne de la légion étrangère (rassurez vous, il n'y a rien qui puisse engager la sécurité du pays dans les divuglations que je m'apprête à faire). Ce document est une fiche d'information pour les légionnaires qui vont être "hospitalisés" à l'infirmerie de leur régiment, et qu'ils doivent remettre à leur chef section. Je vous en livre en exclusivité le passage le plus savoureux. Attention, ça rigole pas, et pas question d'improviser !
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A l'attention du chef de section
Nom du légionnaire sera Admis à l'infirmerie à partir de 14h00. Il mangera donc à midi avec sa compagnie et se présentera au service médical en tenue de sport, en ayant pris soin d'avoir sur lui les effets suivant :
- musette
- affaires de toilette (rasoir, mousse, dentifrice, brosse à dents, serviette, savon)
- claquettes
- tenue de sport
- survêtement de sport vert Légion complet (haut + bas)
- sweat aux couleurs de sa compagnie
- slip + maillot de corps de rechange
- un savon de Marseille pour assurer le lavage de ses affaires perso
- cahier d'étude + de quoi écrire
- dictionnaire
- effets personnels (revues, photos, souvenirs, etc)
- carnet de chants
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12.01.2008
Une petite bombe dans le monde fermé de la réanimation
Il existe en médecine, comme partout ailleurs, des "modes". Ce que j'entends par mode, ce sont des courants de pensées, des façons de voir les choses, des médicaments à la mode. Un exemple frappant est celui des corticoïdes (la cortisone), utilisé depuis le début du nouveau millénaire dans le traitement du choc septique en réanimation. Pour faire simple, le choc septique, c'est une infection généralisée avec une chute de la tension artérielle ne permettant plus de perfuser correctement les différents organes du corps humain et donc de leur apporter l'oxygène nécessaire à leur bon fonctionnement. Ceci entraine rapidement une défaillance de tous les organes et est mortel à coup sûr si le malade n'est pas pris en charge rapidement en réanimation. Et même alors, la mortalité est de près de 50% avec un traitement adéquat. Le traitement repose en gros sur les antibiotiques, le remplissage vasculaire et les médicaments permettant de garder une pression artérielle suffisante pour perfuser correctement les organes vitaux. Devant la mortalité élevée du choc septique, beaucoup de traitements adjuvants ont été recherchés et proposés depuis de nombreuses années. Une des avancées majeures de ces dernières années fut l'utilisation de corticoïdes à petites doses, dont le rationnel reposait sur le fait d'une insuffisance cortico-surrénalienne relative présente dans le choc septique. Pendant quelques années, différentes études ont été faites dans ce sens, jusqu'à ce qu'une équipe française publie dans le JAMA, en 2002, cette étude qui allait faire le tour du monde : "Effect of treatment with low doses of hydrocortisone and fludrocortisone on mortality in patients with septic shock", Annane D et al, JAMA. 2002 Aug 21;288(7):862-71. Cette étude démontrait qu'utiliser des corticoïdes pendant une semaine permettait de diminuer significativement la mortalité du choc septique. Dans la plupart des réanimations du monde, cette thérapeutique fut mise en place. Dans tous les congrès de réanimation sur la planète, on parlait des corticoïdes dans le choc septique. J'ai moi-même travaillé dans le service qui avait publié cette étude qui devait être une petite révolution dans le traitement du choc septique. La plupart des études réalisées alors dans le service, la plupart des allocations de recherches, ont été consacrés pendant une décennie à l'étude des corticoïdes dans le choc septique. Tout ça jusqu'à il y a quelques jours. Un groupe d'étude international, dans lequel était bien entendu présent le principal auteur de l'article princeps cité plus haut, a publié dans le New England Journal of Medicine, qui est probablement le meilleur journal médical du monde, cette étude : "Hydrocortisone therapy for patients with septic shock", Corticus Study Group, N Engl J Med. 2008 Jan 10;358(2):111-24. L'étude est internationale, le collectif impressionnant pour la maladie, et la conclusion sans appel : "Hydrocortisone did not improve survival or reversal of shock in patients with septic shock[...]". Les corticoïdes n'ont pas amélioré la survie ou la réversion du choc chez les patients atteints de choc septique...
Voilà comment, même en médecine, une "bulle" éclate. L'analogie avec l'éclatement de bulles financières est la première qui me soit venue à l'esprit. Tant d'énergie déployée, un engouement mondial, des financements multiples, des postes médicaux dédiés, et tout ça pour "presque" rien. C'est ainsi que la médecine avance, me direz-vous, mais tout de même, ça fait un choc de se dire que ce qu'on nous a asséné pendant des années se révèle finalement faux.
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