30.12.2007
Debriefing Abidjan
Je reviens donc de mission. Nous avons été mandaté par une grosse boite d'assistance pour laquelle nous sommes parfois prestataires de services. Les contacts médicaux avaient déjà été faits, les ambulances réservées, la place dans le service de réanimation à paris déjà prévue. La famille payait elle-même le rapatriement, ce n'était pas une assurance. Il s'agissait d'une patiente libanaise, en vacances dans sa famille en côte d'ivoire, que je devais amener à paris pour bénéficier de meilleurs soins médicaux que ceux qu'elle recevait à abidjan.
Le rdv prévu initialement à 6h00 à la boite a été repoussé à 8h00 pour une histoire de plans de vols et de devis à modifier en dernière minute. J'ai bien reçu le message, mon infirmier non, ce qui fait que le pauvre s'est pointé avec 2h d'avance.
Nous préparons (enfin surtout lui, comme il était là bien avant) notre matériel, montons dans un taxi, et arrivons au Bourget. Le Falcon 50 nous attend sur le tarmac, les moteurs sont déjà en train de tourner. On charge rapidement tout notre bardas, et nous sommes prêt à décoller. Le vol doit durer 6h30, ce qui nous permettra de dormir encore un peu. L'avion, c'est un ancien à Bolloré, il l'a revendu pour s'en acheter un plus gros. Parfois, il nous arrive aussi de louer des avions à des particuliers, qui financent en partie leur entretien de cette façon. Le pilote et le copilote sont très sympas. Le pilote a 55 ans, il est ancien colonel de l'armée de l'air, il a bossé pour Mitterand, pour Jacques Chirac, et pour beaucoup d'autres. Il nous raconte comment ça se passait quand il décollait de Beyrouth sous les obus, ou quand il amenait l'état major sur des théatres d'opérations militaires, escorté par un avion radar et deux chasseurs de combats.
Nous arrivons à abidjan, en milieu d'après-midi. Les 31° sur place n'ont rien à voir avec les quelques degrés de paris. L'ambulance du samu d'abidjan nous attend sur le tarmac, et nous amène jusqu'à l'hôpital où se trouve la patiente, à 30 minutes de l'aéroport. A l'arrivée, plusieurs dizaines de personnes nous attendent devant l'hôpital, il y en aura autant à l'intérieur. Ils sont tous de la famille de la patiente, venus lui dire au revoir avant son départ pour la france.
Nous allons dans le service de réanimation où se trouve la patiente. Je suis un peu rassuré, son état clinique est plus satisfaisant que ne le laissaient croire les informations que j'avais. Elle est tout de même dans un état assez sérieux. Occlusion sur bride à j21, sepsis avec nécessité de support vasopressif (0.75 mg/h de noradrénaline et 7 gamma de dopamine), embolie pulmonaire unilatérale, épanchement pleural bilatéral modéré, infarctus splénique, subocclusion sur une anse grêle incarcérée dans une suture pariétale. Dit comme ça, ça fait beaucoup pour une seule femme. Mais cliniquement elle présente très bien. Je pensais que j'aurais peut être à l'intuber, j'y renonce en la voyant. La 2e inconnu était cette histoire de syndrome occlusif/subocclusif.
Quand on fait du rapatriement sanitaire, l'occlusion intestinale, ça change tout. En effet, quand on a une occlusion, un vol normal est contre indiqué, car quand on monte en altitude, l'air présent dans le corps se dilate (c'est ça qui fait mal aux oreilles dans l'avion), et donc il y a un risque de majoration des lésions internes déjà présentes. Pour y remédier, on peut voler au "sea level", c'est à dire qu'on vole plus bas que normalement, et qu'en pressurisant bien la cabine, la pression est la même que celle au niveau de la mer. Mais si on vole plus bas, il y a plus de résistance dans l'air, et on consomme plus de carburant. Hors, comme abidjan c'est loin de paris, voler en altitude zero, ça signifie devoir faire une escale en algérie, pour refueler. Et donc, changer les plans de vol, obtenir d'autres authorisations de survol, etc... Finalement, pour elle, ce ne sera pas nécessaire. Ouf, deux bonnes heures de gagnées sur le retour, c'est déjà ça.
Après un bon moment à l'hôpital, on peut enfin partir avec la patiente. Seulement à abidjan ce jour là, c'est jour de foot. Pour fêter la fin de l'année, un match gratuit était organisé. Et quand on quitte l'hôpital en fin d'après-midi, c'est l'heure où tout le monde quitte le stade. Et ça, c'est impressionant. Il y avait des milliers de personnes dans les rues. L'ambulancier me dit que tout abidjan y était. Je veux bien le croire. On a eu besoin d'un 4/4 et d'une 2e ambulance pour nous ouvrir la route. C'est très impressionnant, des milliers de personnes dans les rues. Autre fait marquant, les dizaines de milliers de chauve-souris qui parfois obscurcissaient le ciel de la capitale, je n'ai jamais vu ça de ma vie.
Nous arrivons finalement à l'aéroport, il y a encore une vingtaine de personnes de la famille sur le tarmac qui nous attendent. On commence à cuire dans l'ambulance, j'ai le visage qui ruisselle.Après un long moment d'installation, nous sommes enfin prêt à repartir, avec 2 bonnes de retard, que les autorités de l'aéroport ne manquent pas de nous facturer, bien entendu. Nous ne repartons pas seul, le mari et le frère de la patiente nous accompagnent. Ils sont très sympas, et pas du tout envahissant. Ils nous laisseront travailler pendant tout le vol, c'est apprécialbe.
Du point de vue médical, il y a quelques petites choses à faire. La patiente n'est pas très stable du point de vue hémodynamique. Sa tension faisant le yoyo, nous passerons le vol à adapter les doses de catécholamines délivrées par les pousse-seringues électriques.
Le vol retour semble très long. 13h d'avion dans la journée, même en Falcon 50, c'est épuisant.
Nous atterissons enfin au bourget. Parce que je ne l'ai jamais fait et que les pilotes sont très sympas, je passe l'atterissage dans le cockpit, je suis comme un gosse.
Une ambulance nous attend sur le tarmac pour nous conduire à l'hôpital. La patiente est attendue directement en réanimation chirurgicale. Il est 4h00 du matin. Les infirmières sont très sympas. Le médecin de garde est un jeune interne, très imbu de lui-même, qui pense savoir tout sur tout, très désagréable. Vu l'heure et la fatigue, je laisse couler. Je lui fait ma transmission, lui laisse tous les documents, dit au revoir à la patiente, et retour au bercail.
Me voilà chez moi à 5h30 du matin, moins de 24h après mon départ, avec près de 10 000 km de plus au compteur.
18:40 Publié dans Rapats | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
28.12.2007
Abidjan
Une nouvelle mission vient de tomber.
Je pars demain matin en Falcon 50 pour Abidjan, en côte d'ivoire, pour aller chercher une patiente assez mal en point. Elle a fait une occlusion intestinale avec perforation compliquée d'un choc septique. Elle commence à aller mieux, mais sa famille souhaite qu'elle soit rapatriée en Europe pour bénéficier de meilleurs soins médicaux.
Je ferais juste l'aller retour, je ne verrais rien d'Abidjan. A priori, ce sera une "livraison tarmac", c'est à dire que je ne quitterai pas l'avion, et que la patiente sera amenée par une équipe locale de l'hopital jusque sur le tarmac. Nous ferons juste la rotation de l'avion, 2 h sur place à priori. Je serais donc de retour dimanche, et pourrais, si tout se passe bien, profiter de la saint sylvestre.
21:09 Publié dans Rapats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24.12.2007
Joyeux Noël !
Joyeux Noël !
Et comme à Noël, on fait des cadeaux, voici le mien :
11:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
23.12.2007
Une vieille histoire
C'était il y a deux ans. J'étais de garde aux urgences.
Les pompiers nous amènent une vieille dame de 80 ans, toute maigrichonne, pour des saignements de nez importants. Elle ne saigne plus lorsqu'elle arrive aux urgences, ses constantes d'arrivée sont normales. Elle est installée dans un box le temps que je puisse aller la voir. Elle demande à l'aide soignante de l'accompagner aux toilettes. Au bout de quelques minutes, l'aide soignante frappe à la porte des toilettes pour savoir si tout va bien. Personne ne répond. Elle ouvre alors la porte et retrouve la patiente allongée sur le sol. Elle est en arrêt cardio-respiratoire. De suite installée en salle de déchocage, un infirmier commence à la masser pendant que je prépare de quoi l'intuber. Quelques minutes plus tôt, elle marchait pour aller aux toilettes, et maintenant là voilà entre nos mains qui tentent de la réanimer. Elle aura eu tout le protocole, massage cardiaque, intubation, choc électrique, adrénaline, bicarbonates, cordarone... On ne la récupérera pas. En la regardant de plus près, elle est bien jaune, et quand on palpe son abdomen, son foie est immense, bossellé, probablement le siège d'un cancer très évolué. Nous n'en saurons jamais rien. De toute façon, ça n'a plus d'importance. La pauvre dame est morte sur un siège de toilette d'un service d'urgence au milieu de la nuit. Elle aurait mieux fait de ne pas appeller les secours pour son saignement de nez, elle serait morte tranquillement dans son lit. Primum non nocere, qu'ils disaient... Mais une fois que le doigt est pris dans l'engrenage, c'est très difficile de le retirer.
19:15 Publié dans Gardes | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
20.12.2007
Assistance
10:25 Publié dans Internet | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.12.2007
Mauvaise nouvelle
Mauvaise nouvelle apprise il y a quelques minutes. Le rapatriement de Bangkok vient d'être annulé. L'assurance du patient a décidé au dernier moment de le faire organiser par ses propres moyens... Je suis très déçu, mais il y en aura d'autres...
11:11 Publié dans Rapats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
HONcode
Tout comme Lawrence Passmore et son site Grangeblanche, mon blog, "les tribulations d'un (petit) urgentiste roux" vient d'être accrédité par la fondation Health On the Net. Cette fondation, travaillant notament avec l'HAS (Haute Autorité de Santé), distribue cette accréditation aux sites de santé qui en font la demande, et qui respectent une charte établie par leur soins. Les principaux principes de cette charte (pour ceux qui ont la flemme de lire les liens), se résume facilement : une information médicale datée et régulièrement mise à jour, expliquée et citant ses sources, dont on connaît les qualifications de l'auteur (c'est à dire moi même), la confidentialité, le respect de la déontologie médicale, la transparence quant aux éventuels conflits d'intérêts et le financement du site.
Je tiens à dire un grand merci à Lawrence qui m'a permit à la fois de découvrir l'existence de HON, mais qui m'a également permit d'être accrédité si vite. En effet, il m'a fait bénéficié de son expérience et des remarques qu'avait pu lui faire l'équipe accréditatrice sur les points à modifier. Fort de son expérience, mon site a obtenu l'accréditation dès le premier examen d'Health On the Net.
J'espère que vous continuerez à venir aussi nombreux ici que sur l'ancien blog. En tout cas, je ne pouvais rêver mieux pour ce nouveau départ !
01:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.12.2007
Bangkok
Une nouvelle mission vient de tomber. Je pars après-demain pour Bangkok. J'étais en régulation hier et j'ai finalisé le dossier de la mission. Je me suis donc positionné dans les candidats au départ. Il s'agit d'un homme d'une cinquantaine d'années victime d'un accident de moto il y a deux semaines. Il a eu une rupture de la rate avec un hémopéritoine et près de 5 L de sang dans l'abdomen ! Il a également eu une contusion pulmonaire avec une surinfection. Il vient de sortir de l'hôpital et est actuellement à son hôtel. Néanmoins, vu l'importance des lésions initiales, il n'est pas raisonable de le laisser voyager seul. Le vol dure 12h, et si il se passe quelque chose pendant qu'on est en l'air, il vaut mieux avoir un médecin pour décider quoi faire rapidement. La partie agréable, c'est que le voyage sera en business class sur air france, et que j'aurais 36h sur place avant de repartir. De quoi faire un peu de tourisme à Bangkok et d'engrenger quelques miles.
12:05 Publié dans Rapats | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
15.12.2007
Comme à la télé
Lors de ma dernière garde, nous avons reçu un coup de téléphone de l’obstétricienne de garde, pour nous envoyer un patient. Il s’agissait du mari d’une de ses patientes sur le point d’accoucher. Celui-ci se tordait de douleur dans sa voiture au point qu’il ne pouvait plus en sortir. En fait, cet homme était drépanocytaire. La drépanocytose est une maladie héréditaire caractérisée par la mutation de l’hémoglobine. Pour faire simple, les symptômes les plus voyants sont des crises hyperalgiques, au moment où cette hémoglobine mutée fait s’agglutiner les globules rouges entre eux et thrombosent les petits vaisseaux sanguins. Ce jeune homme drépanocytaire était en fait hospitalisé depuis deux jours pour une nouvelle crise dans un autre hôpital, et venait de sortir contre avis médical pour venir assister à la naissance de son premier enfant. La crise était tellement forte qu’il n’a même pas réussi à sortir de sa voiture. Après de multiples antalgiques et la mise en place d’une pompe à morphine, nous avons pu le soulager. Bien entendu, il voulait repartir au chevet de son épouse, et tout enlever. Nous savions que si il enlevait tout, il nous reviendrait dans l’heure, aussi douloureux qu’à son arrivée. Finalement, nous avons pu réussir à faire en sorte qu’il assiste à l’accouchement, avec sa pompe à morphine autour du cou, et est revenu après la naissance de sa fille. On se serait presque cru dans une série télévisée.
15:00 Publié dans Gardes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Qualité
Quitte à démarrer un nouveau blog, autant le faire de la meilleure manière qui soit. Suivant l'exemple de Lawrence et son site Grange Blanche, je souhaite m'inscrire dans une démarche de qualité, et m'engage à suivre la charte Health On the Net, qui se veut un gage de la qualité (reconnu par l'HAS, Haute Autorité de Santé) de l'information médicale que vous pourriez trouver sur ce site. Je n'ai pas encore obtenu la certification, que je n'ai même pas encore demandé, puisque je fabrique actuellement le site, mais j'y travaille.
Pour commencer, je viens de remplir l'onglet "A propos", situé en haut à droite de cette page, qui est une sorte de profession de foi, et une explication des principes fondamentaux du site. Bien sur, je continuerai à raconter mes anecdotes et mes voyages, ne vous inquietez pas !
12:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







